L’ « entre-deux » : cet endroit invisible où naissent les vraies transformations
Il y a un moment dont on parle peu.
Un espace inconfortable, flou, silencieux.
Un espace où l’ancien n’est plus… et où le nouveau n’est pas encore là.
Un moment souvent déroutant, parfois inconfortable, douloureux et presque toujours silencieux.
Cet espace, je l’appelle l’« entre-deux ».
Quand les réponses d’hier ne suffisent plus et que celles de demain ne sont pas encore là.
Ce moment ne survient pas par hasard.
Et il apparaît souvent chez des personnes engagées, conscientes, responsables.
Celles qui ont déjà conscience d’elles, de leurs schémas, de certains systèmes.
Celles qui savent, qui comprennent, qui analysent, qui mettent du sens.
Il surgit généralement après une période d’engagement intense, de responsabilité, de construction…et aussi parfois de combat, de lutte.
L’« entre-deux » est ce territoire subtil où l’on ne peut plus avancer comme avant,
et où nous ne savons pas encore comment avancer autrement.
C’est un territoire de mue.
Quand quelque chose résiste
Et pourtant… quelque chose résiste.
Quelque chose ralentit.
Ce « quelque chose » demande autre chose que des outils ou des concepts.
Dans l’« entre-deux », le mental ne mène plus comme avant.
La performance ne fonctionne plus.
Les « recettes » connues ne marchent plus.
Et c’est précisément là que commence le vrai changement.
L'illusion du « il faut savoir »
Notre société valorise la clarté, la décision, l’action rapide.
- Savoir où l’on va.
- Savoir ce que l’on veut.
- Savoir ce que l’on choisit.
Pourtant, il existe des passages où ne pas savoir est non seulement normal, voire nécessaire.
Dans cet « entre-deux », chercher des réponses immédiates est souvent une façon de :
- fuir l’expérience,
- combler le vide,
- reprendre le contrôle.
Or, ce passage demande exactement l’inverse : un consentement au flou, une présence au vivant, une écoute plus fine que celle du mental.
« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »
Albert Einstein
Quand l'élan, le mouvement se suspendent
Elles sont souvent dans une forme de « je ne sais pas / plus », de confusion intérieure, de flou, parfois de « je ne veux plus cela et je ne sais pas précisément ce que je veux », ces questions existentielles difficiles à nommer.
Et pourtant, elles ont souvent « tout pour aller bien » :
- une expérience solide,
- une intelligence fine,
- une grande capacité d’adaptation,
- une conscience d’elle-même déjà éveillée.
Et malgré tout cela, elles sentent un ralentissement.
Un tiraillement intérieur.
Une perte de goût pour des rôles ou des fonctionnements qui leur allaient pourtant très bien auparavant.
Ce n’est pas un manque de compétences.
Ce n’est pas une crise de motivation ordinaire.
Ce n’est pas une fragilité émotionnelle.
C’est un appel au changement de niveau.
Cet « entre-deux » apparaît lorsque l’identité actuelle a fait son œuvre… et qu’elle doit maintenant se transformer. Laissez l’ancien pour aller vers le nouveau.
L’ « entre-deux » est une gestation non un vide
Ce temps où l’on doute, où l’on hésite, où l’on ne sait plus très bien « quoi faire », est souvent perçu comme une faiblesse.
En réalité, il est un temps d’intégration profonde.
- Le corps se réajuste.
- Les anciennes identités se déposent.
- Les croyances s’effritent.
- La posture intérieure se redessine.
Rien ne semble avancer… et pourtant, tout se transforme.
De l’extérieur, l’ « entre-deux » peut donner l’impression d’un arrêt :
- moins d’élan,
- moins de certitudes,
- moins d’envie de se projeter.
Et intérieurement, quelque chose travaille profondément.
Rien n’est visible.
Et pourtant, tout se reconfigure.
Comme une terre laissée en jachère, non pas parce qu’elle est abandonnée, parce qu’elle se régénère.
Le leadership de l'« entre-deux »
Ce qui rend l'« entre-deux » difficile
Traverser sans se perdre
Honorer ce passage
- Si vous vous reconnaissez dans cet espace flou,
- Si vous avez l’impression d’être “entre deux versions de vous”,
- Si vous vous sentez à la fois en retrait et profondément en mouvement,
- Si vous sentez que quelque chose se termine sans encore savoir ce qui commence…
Sachez ceci :
- Vous n’êtes pas en retard.
- Vous n’êtes pas perdu(e).
- Vous êtes en train de changer de niveau de vérité.
- Vous êtes en train de changer de posture intérieure.
Et ce passage mérite d’être honoré, soutenu, accompagné.
L’ « entre-deux » n’est pas une parenthèse à traverser au plus vite.
C’est souvent le berceau silencieux de la prochaine version de soi.
Ce qui naît après ce moment d'« entre-deux »
Quand l’ « entre-deux » est respecté, traversé avec douceur, présence et conscience, quelque chose se clarifie naturellement.
- Les décisions deviennent plus simples.
- Les choix plus évidents.
- Les engagements plus justes.
Il n’y a plus besoin de se prouver.
Plus besoin de lutter.
Plus besoin de se sur-adapter.
Ce qui émerge est souvent plus sobre, plus aligné, plus incarné.
Moins spectaculaire… et infiniment plus stable.
On ne revient pas « comme avant ».
On n’ajoute pas une couche de plus à l’existant.
Consentir au passage
L’ « entre-deux » n’est pas une erreur à corriger.
Ce n’est pas un temps perdu.
Ce n’est pas un creux à remplir.
C’est un seuil.
- Un seuil où l’on apprend à ne plus se définir uniquement par ce que l’on fait, mais par la qualité de présence que l’on incarne.
- Un seuil où l’on cesse de se demander : « que dois-je faire de plus ? » pour commencer à écouter : « qui suis-je en train de devenir ? »